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Disparition d’une mémoire vive de Kikwit : hommage à Ruphin Kibari


Ruphin Kibari

La ville de Kikwit est en deuil. Elle vient de perdre l’une de ses figures intellectuelles les plus marquantes, en la personne de Ruphin Kibari Nsanga, historien, écrivain et éducateur dévoué. Décédé le 3 avril, il a été inhumé ce samedi 11 avril 2026, à la Nécropole Entre Terre et Ciel, suscitant une vive émotion parmi les Kikwitois, nombreux à regretter qu’il ne puisse reposer dans sa terre natale.

Parcours classique

Né le 19 janvier 1955 à Lusanga, Ruphin Kibari Nsanga a consacré toute sa vie à la transmission du savoir et à la valorisation de l’histoire. Après ses études primaires à Kinzambi et Leverville-SOA, puis secondaires à l’Institut Saint Joseph de Leverville-SOA (section pédagogique), il poursuit des études supérieures en histoire sociale, couronnées en 1978 par une licence (bac+5).

Premier engagement : l’enseignement

C’est dans l’enseignement qu’il déploie l’essentiel de son énergie. Professeur passionné, il devient Préfet des études à l’Institut Technique Commercial Ndungi de Kikwit, où il marque des générations d’élèves par sa rigueur et son sens de l’encadrement. Au-delà du cadre scolaire, il intervient ponctuellement dans des institutions d’enseignement supérieur, contribuant à l’élévation du niveau académique dans la région.

Acteur de premier plan pour la préservation de la mémoire

Mais le Ruphin Kibari Nsanga que nous avons eu le privilège de découvrir et de rencontrer à plusieurs reprises à Kikwit était plus qu’un pédagogue : il était un homme engagé. Acteur de la société civile, il militait pour la promotion et la généralisation de l’enseignement de l’histoire, convaincu qu’« un peuple sans histoire est comme un arbre sans racines ». Attaché à la préservation de la mémoire, cette conviction a guidé toute son œuvre.

Auteur prolifique, il laisse derrière lui une production intellectuelle riche et variée. Ses travaux portent notamment sur l’histoire locale de Kikwit, les phénomènes sociaux, les crises sanitaires, la vie de King Kester Emeneya (idole de Kikwit). Parmi ses ouvrages marquants figurent "Les mouvements anti-sorcier à l’époque coloniale" (1982), "Le virus Ebola à Kikwit : mythe, mystère ou réalité ?" (1998, réédité en 2023), "Kuku Pemba : une page d’histoire des Bambala et de Kikwit", ainsi qu’un travail récent consacré à l’histoire du chef-lieu de la province du Kwilu.

Une vision au service de la communauté

À travers ses écrits, il n’a cessé d’alerter sur les enjeux sanitaires, notamment lors des épidémies d’Ebola ayant marqué la région. Sa plume, à la fois rigoureuse et accessible, visait à éclairer, à sensibiliser et à responsabiliser.

Son combat pour la culture fut tout aussi constant. Ruphin Kibari Nsanga plaidait pour un véritable soutien aux écrivains congolais, la création de bibliothèques scolaires et la promotion de la lecture. Dans un contexte éditorial difficile, il dénonçait le manque de financement des projets culturels et la faiblesse des habitudes de lecture, appelant à une mobilisation collective pour y remédier.

Avec la disparition de Ruphin Kibari, Kikwit perd un de ses gardiens de mémoire, un artisan du savoir et un témoin lucide de son temps. Mais son héritage demeure : dans ses livres, à travers ses élèves et dans la conscience collective qu’il a contribué à éveiller.

Il est important que sa mémoire reste vivante, comme une source d’inspiration pour les générations présentes et futures. Il faut que d’autres historiens reprennent le flambeau dès maintenant. 

À noter que Ruphin Kibari Nsanga était marié à Sévérine Ngyombo et père de cinq enfants.



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